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Le "divorce alpin" : comprendre les violences conjugales derrière le phénomène

Publié le 02/09/2026 par Capucine
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Le terme « divorce alpin » (ou alpine divorce) s'est imposé cet été dans le débat public et sur les réseaux sociaux. Derrière cette formule au premier abord curieuse se cache une réalité dramatique : l'abandon délibéré d'une femme par son conjoint en pleine nature, en montagne ou dans un lieu isolé.

Nous vous proposons de revenir sur l'histoire de ce terme, la polémique médiatique qui a éclaté cet été, et surtout sur les raisons pour lesquelles ce phénomène constitue une forme caractérisée de violence conjugale.

1. Origine du terme : de la littérature du XIXe siècle au fait divers tragique

L'expression « divorce alpin » trouve son origine dans la littérature. En 1893, l'écrivain écossais-canadien Robert Barr publie une nouvelle satirique intitulée An Alpine Divorce. Dans ce récit, un homme emmène son épouse en randonnée dans les Alpes avec le projet sous-jacent de la pousser dans le vide pour s'en débarrasser.

Plus d'un siècle plus tard, la fiction a rattrapé une réalité tragique. En Autriche, l'affaire dite du Grossglockner a secoué l'opinion publique. Un alpiniste chevronné a emmené sa compagne sur l'ascension du Grossglockner (le plus haut sommet du pays) avant de l'abandonner en altitude alors qu'elle était épuisée et moins expérimentée qu'il ne l'était. La jeune femme est morte d'hypothermie. En début d'année, l'homme a été condamné par la justice autrichienne pour homicide involontaire par négligence aggravée.

Ce drame a mis en lumière un fait de société : l'abandon en milieu hostile n'est pas un banal accident de parcours, mais une mise en danger délibérée

2. Pourquoi en a-t-on parlé cet été 2026 ?

Cet été, le sujet s'est invité dans le débat politique et médiatique français. La députée européenne Emma Fourreau (LFI) a publié une vidéo sur les réseaux sociaux pour dénoncer le phénomène du « divorce alpin », s'appuyant sur les milliers de témoignages de femmes déclarant avoir déjà été abandonnées sur des sentiers de randonnée, en forêt ou au bord d'une route après une dispute.

La prise de parole a suscité de vives réactions contraires. Des éditrices et chroniqueuses, comme Sophia Aram, ont raillé cette dénonciation, qualifiant le concept d'exagération militante ou accusant ce type de discours de victimiser à l'excès les femmes. Pour les détracteurs, il ne s'agirait que de simples disputes de couple survenues pendant les vacances ou d'incidents d'un manquement au bon sens sportif.

Pourtant, la minimisation de ces actes par le sarcasme médiatique masque un problème de fond bien plus grave.

3. Pourquoi le "divorce alpin" est une manifestation de violence conjugale ?

Loin d'être une simple brouille de randonneurs, l'abandon d'un partenaire en milieu isolé relève de la violence psychologique, du contrôle coercitif et de la mise en danger physique.

Le processus s'articule autour de trois leviers d'emprise :

L'exploitation et le ciblage de la vulnérabilité

L'agresseur emmène la victime sur un terrain où il est en position de force (compétences sportives, connaissance du terrain, maîtrise du véhicule). La victime dépend entièrement de lui pour sa sécurité.

L'isolement géographique et matériel

Priver subitement son ou sa partenaire d'eau, de carte, de téléphone, de carte bancaire ou de moyen de transport à des kilomètres de tout secours réorganise le rapport de force.

La punition et l'intimidation

Abandonner l'autre parce qu'elle « avance trop lentement » ou après un refus d'obtempérer est une punition visant à instiller la peur. L'objectif est de signifier à la victime que sa survie et son bien-être ne tiennent qu'au bon vouloir de l'agresseur.

Qu'il s'agisse d'un sentier escarpé en altitude, d'une aire d'autoroute la nuit ou d'un pays étranger sans papiers ni téléphone, la mécanique est rigoureusement la même : c'est un acte d'hostilité visant à asseoir la domination.

4. Que faire si vous vous pensez victime de ce type d'agissements ?

Si votre partenaire utilise l'isolement, l'abandon ou la mise en danger physique lors de vos sorties ou déplacements, il ne s'agit pas d'un manque d'attention, mais d'un comportement violent.

Voici les démarches recommandées :

1) Faites confiance à votre instinct

Si vous ressentez de la peur ou si vous réalisez que des situations de vulnérabilité sont sciemment créées, ne minimisez pas votre ressenti.

2) Anticipez votre sécurité matérielle

Lors des déplacements ou randonnées, conservez systématiquement sur vous votre propre téléphone chargé, vos papiers d'identité, un moyen de paiement et de quoi vous orienter ou vous abriter.

3) Consignez les événements

Notez les dates, les lieux et les circonstances où vous avez été abandonnée ou intimidée. Ces éléments s'avèrent précieux lors d'un dépôt de plainte pour mise en danger de la vie d'autrui ou violences psychologiques.

4) Demandez de l'aide et parlez-en

Contactez le 3919 (numéro national, gratuit et anonyme) pour bénéficier d'une écoute et d'un accompagnement adapté. Vous pouvez aussi nous appeler directement pour avoir des informations sur une mise à l'abri : 09 77 42 59 20

En cas d'urgence ou de besoin de fuir un domicile devenu dangereux, Un abri qui sauve des vies met à disposition son réseau d'hébergement d'urgence citoyen et gratuit pour vous offrir un sas de sécurité et le temps nécessaire à votre protection.

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